Hicham Benohoud
Hicham Benohoud
Galerie VU' 2007-01-18 to 2007-03-03

Hicham Benohoud persiste et signe. L'ancien professeur de dessin qui avait mis en scène ses élèves dans "La salle de classe" que nous avions exposée il y a quatre ans continue à s'affirmer comme un des rares artistes contemporains à vocation universelle des pays du Maghreb. Parce qu'il continue à questionner à la fois l'identité, l'image, le monde contemporain, ses doutes intimes et ses refus par rapport à sa culture d'origine tout en restant dubitatif, ou pour le moins à distance, du spectacle de l'art contemporain.
Son œuvre, singulière, unique, inclassable, n'est mue que par la nécessité intérieure de mettre en cause, et en déséquilibre, à la fois ses propres visions et ce qu'il connaît de la création aujourd'hui car il est extrêmement cultivé et sérieusement au fait des développements de l'art contemporain.
"La salle de classe numéro 2", plus radicale que la précédente mais obéissant aux mêmes principes qui consistent à mettre en scène ses élèves, sans jamais insérer un quelconque objet extérieur à l'espace de son enseignement assène son désespoir par rapport à la passivité de ceux qui respectent, sans jamais le mettre en cause, le maître. Elle nous étonne, dans la rigueur d'un noir et blanc sans effet, par l'acceptation, considérée comme "normale" de compositions extravagantes qui dialoguent avec des échos du surréalisme. Alors qu'il ne les connaissait pas et qu'il allait les voir une seule fois, les membres de trente familles du 19ème arrondissement de Paris ont accepté de poser pour Hicham.
Dans des espaces qu'il découvrait à peine, il s'est comporté en directeur d'acteurs qui ont accepté, de façon étonnante, de se prêter aux jeux les plus farfelus nés de l'imagination du photographe. Outre l'étrangeté des situations ainsi créées, on reste troublés par la véritable prise de pouvoir de l'opérateur sur ses modèles.
Hicham est un artiste responsable, entre autres, parce qu'il ne s'exclut jamais de sa production. Et ses "autoportraits" torturés, bizarres, étranges, entre mystère et douleur, sont aussi sa façon de dire qu'il ne se contente pas de "prendre" l'image de l'autre. Il se positionne en victime - ou acteur - de l'image de lui-même comme une manière de respect pour l'autre.

Christian Caujolle