Alain Bizos
Mesrine par Bizos
2008-10-14 to 2008-10-31

Avec la complicité de son ami et collègue de Libération Gilles Millet, Alain Bizos, photographe auteur proche de la presse de gauche et des milieux de la contre-culture, rencontre clandestinement Jacques Mesrine à plusieurs reprises en 1978 et 1979. L’ « ennemi public n°1 » est alors en cavale. Il est soupçonné de meurtre et recherché pour des braquages et des enlèvements.
Cette série de photographies en partie inédites fut réalisée au printemps 1979 dans une maison de la campagne orléanaise. Pour dissiper la tension qui précède toute séance de prises de vues, Alain Bizos propose à Jacques Mesrine de révéler progressivement son visage. Il se prête au jeu. C’est la séquence des « Mains ». Elle donne le ton. Avec un art consommé de la mise en scène et de la provocation, Mesrine, stimulé par Bizos, enchaîne les poses. Elles confirment son sens de l’humour et un goût prononcé – surjoué selon certains – pour la violence.
Le voici en vrai faux commissaire de police, en truand menotté et tenu en respect ou en évadé saluant à sa manière une institution pénitentiaire dont il a toujours combattu les quartiers de haute sécurité. Passionné par les armes à feu, Mesrine fait de son Magnum un protagoniste à part entière de cette séance. Dans « Flingue et bracelet », le revolver devient même le véritable héros de l’histoire. Mesrine s’amuse, mais fait preuve d’une grande lucidité. Il finit par saisir une vieille boîte en carton qui traînait pour composer un portrait grinçant en guillotiné.
Les photographies de Bizos sont très efficaces. Prises en gros plan, pour ne rien laisser voir du contexte, éclairées au flash et souvent organisées en séquences, elles servent à merveille le charisme et les talents d’acteur de Mesrine. Ce dernier a toujours accordé une grande place à la construction de son image. Les interviews, les déclarations et L’Instinct de mort, un récit romancé de sa vie, ont fini par en faire un héros. Pour le journal Le Meilleur, il était même devenu « l’idole des jeunes ».
Cette réputation sera confortée par la publication de la série de Bizos dans Paris Match quelques jours après la mort de Mesrine, tombé le 2 novembre 1979 sous les balles de la police française.