Ester Vonplon
Stiller Besuch
2012-05-30 to 2012-08-25

Née en Suisse en 1980, Ester Vonplon a déjà derrière elle une première carrière de snowboardeuse et de skateboardeuse professionnelle lorsqu’elle achète, sur un marché au puces en 2003, son premier appareil photo. Elle glane sur Internet des rudiments de technique et entre, quelques années plus tard, à la Fotografie am Schiffbauerdamm de Berlin dont elle est diplômée en 2007. Ester Vonplon réalise un premier travail dans une salle illégale de free fight en Allemagne avant de renoncer à toute approche documentaire et faire de la photographie la compagne de ses déambulations solitaires, d’abord en Europe de l’est et dans les Balkans, puis dans sa Suisse natale.

Ester Vonplon, dont le travail avait déjà été salué en Suisse, obtient une reconnaissance internationale en 2011 quand elle figure parmi les lauréats du prix Talent du Foam. Après une première présentation en France de ses photographies lors de Paris Photo 2011, la Galerie VU’ est heureuse d’offrir la totalité de ses vastes espaces à la jeune artiste qui est, par ailleurs, depuis longtemps soutenue par cet artiste important de la Galerie VU’ qu’est Michael Ackerman.

L’exposition Stiller Besuch (Visite silencieuse) présente deux travaux unis par une dialectique paradoxale du lointain et du proche, du familier et de l’étrange.

Wenn das Wetter nicht mehr kaputt ist, werden wir spazieren gehen fut réalisé au Kosovo entre 2007 et 2009. Son goût pour l’errance dans des pays dont elle ignore tout conduit l’artiste dans le village de Rohavec/Orahovac où elle finit par partager, dans cette enclave serbe du Kosovo, le quotidien d’une famille Rom. Ester Vonplon répond d’abord à la demande de photographies souvenirs des Gashi puis photographie pour elle-même, dans une interaction constante avec la famille. Les accidents et les imperfections sont largement dus à l’ancienneté du matériel et aux conditions de développement sur place des pellicules. Ils ne sont pas particulièrement recherchés mais ils traduisent sans doute quelque chose de la dureté et de la précarité de la vie de cette minorité rejetée. Néanmoins, la série, traversée par une énergie et un merveilleux féerique tout enfantins, rend surtout compte de la complicité que l’artiste a su créer avec les plus jeunes.

Après cette plongée dans un inconnu qui lui est devenu familier, Ester Vonplon décide en 2009 de se tourner vers la région suisse de la Surselva où vit toujours une partie de sa famille. La série Surselva (2009-2011) alterne paysages montagneux, vues d’extérieurs de chalets en ruine et d’intérieurs étrangement préservés. L’artiste, pour être au plus près des émotions ressenties et des sentiments à exprimer, sait passer du Polaroid à la chambre photographique et d’un noir et blanc âpre à des couleurs improbables. Comme l’écrit Simon Maurer, directeur de la Helmhaus de Zurich qui a présenté récemment une partie de la série, «Ester Vonplon ne montre pas une Suisse de carte postale. Mais une Suisse dont les Suisses eux-mêmes ne sont pas familiers, ou qu’ils préfèrent peut-être simplement ignorer.» De fait, la nature apparaît hostile et semble recouvrir petit à petit les dernières traces fragiles d’une occupation humaine passée. La série Ruinaulta, réalisée cet hiver et entièrement inédite, radicalise le propos : les paysages blancs pris au Polaroid dans la vallée austère et encaissée du Rhin antérieur dialoguent avec les photographies de portraits d’habitants aujourd’hui décédés.