Maja Forsslund
AKT
2014-01-17 to 2014-03-08

A première vue, les images de Maja Forsslund sont empreintes d’austérité.
Nus, paysages, portraits, ses photographies, où tout semble reposer dans un ordre parfait, sont d’une composition impeccable. Ses prises de vues argentiques, ses tirages délicats, sa maîtrise du clair-obscur ou du raffinement chromatique, confinent avec rigueur à une grande pureté formelle. La photographe suédoise a longtemps étudié aux Beaux-Arts de Paris où son regard s’est aiguisé à l’iconographie classique, à l’étude de l’anatomie, au sens irréprochable de la composition.
Mais, il ne faudrait pas voir là une photographie qui s’affirme comme une simple référence à la peinture, s’inscrivant dans le champ de l’histoire de l’art comme la résurgence photographique d’une tradition de la représentation picturale.
AKT. Ces nus, modèles photographiés pendant les cours dans un atelier des Beaux-Arts de Cracovie, sont des figures dont l’académisme et l’exercice de la pose plus ou moins convenue font d’abord écho à l’iconographie de la peinture, du dessin ou de la sculpture et à un usage du 19e siècle : la production de nus photographiés destinés aux peintres (avec Eugène Durieu qui réalisait des prises de vue pour Delacroix, par exemple).

Ni quotidien, ni érotisé, ni étude formelle, ici le corps photographié est pris dans un jeu de contextualisation/décontextualisation. On voit les accessoires, radiateurs, estrades, chevalets environnants, chaussures du modèle… Soudain le nu prend une dimension d’incongruité : le moment de la pose ainsi retranscrit dans son artificialité par l’inscription des éléments de son environnement immédiat révèle toute son absurdité. Ce n’est plus le corps mais le modèle qui est photographié, ce n’est plus le nu mais le déshabillé qui est donné à voir.
Dans le même temps, Maja Forsslund ne livre qu’en partie le contexte de la pose, puisque les étudiants à l’œuvre ne figurent pas sur l’image. Aussi l’absence d’indice sur ce qui se joue renforce le sentiment d’étrangeté puisque celui qui regarde l’image est le seul spectateur de cette scène.
Dans chaque photographie de Maja Forsslund, sous l’apparente sérénité, palpite une inquiétante étrangeté : ce qui semble au premier regard une image familière, suscite immanquablement un sentiment de trouble pour celui qui la regarde.
Par sa remarquable maîtrise formelle et technique, par son indéniable culture en matière d’histoire de l’art, en mettant en place de subtils points de déséquilibre et de dissonance, Maja Forsslund distille un univers savamment subversif et déstabilisant.