Laurence Leblanc
To live till death is not easy
Galerie VU' 2007-09-14 to 2007-11-03

Quand Laurence Leblanc choisit la photographie, elle choisit, en toute connaissance de cause, ce que celle-ci sait révéler; elle connaît d’instinct sa place dans le monde, au lieu de le décrire, et elle se met au service d’une écriture qui puise sa source dans le fondement des impressions qu’elle en retire et qui signe son appartenance.
De toutes ces visions fragmentaires et diversifiées, elle construit sa propre continuité fondée sur une écriture poétique qu’elle invente, seule capable de répondre à sa conscience aigüe, issue d’une sensibilité exacerbée, multiple à l’envi, et qu’elle sait canaliser. Invariablement, elle choisit l’approche formelle du carré où, dans un premier temps, les noirs et blancs construits de flous et de grains dessinent plus les enfants meurtris du Cambodge et leur tristesse sourde qu’ils ne les décrivent. Lors de ses nombreux voyages au Cambodge, elle rencontre les nonnes, silencieuses et dociles, évoluant à la limite du visible dans une société qui justement semble ne pas vouloir les voir. Le noir devient alors encre profonde et compacte, traversée par une lumière blanche, aveuglante, qui les esquisse en silhouettes, éclairant parfois leurs visages, étranges, pleins d’une spiritualité profonde, et qui nous semble bien étrangère…
Nous n’attendons pas Laurence Leblanc pour nous dire l’Afrique, Cuba, ou le Brésil comme nous ne l’avons pas attendue pour nous dire la douloureuse tristesse des enfants du Cambodge. Elle n’est pas là pour apporter une assertion de plus sur la misère du monde. Sa photographie est un murmure lancinant, entêtant et prégnant plutôt qu’un cri de plus dans la - déjà insupportable - cacophonie du monde.
Les lumières chaudes sous ces soleils, chauffants et brûlants, exacerbent la perception du réel et deviennent sa couleur, prolongement évident de son noir et blanc, sans pour autant rendre sa photographie plus “réaliste”.
C’est une image fragile, souvent à la limite de l’évanescence, mais également puissante, qui trouve sa force dans un face à face implacable avec elle-même et avec l’autre, une photographie qui nous dit que la réalité qu’elle traverse n’est inventée que par elle.
Laurence est un peintre, extrêmement sensible dans sa faculté à capter une réalité multiple, aussi belle qu’insoutenable, aussi prégnante que fuyante, aussi exaltante qu’insupportablement triste et qui ancre son travail au cœur des mots de Pessoa : “Le monde extérieur est une réalité intérieure”.

Gilou Le Gruiec