Anders Petersen
Sète 2008
Galerie VU' 2008-09-19 to 2008-10-31

L’histoire de la photographie est aussi celle des commandes passées à des photographes. Poursuivant un but documentaire, elles ne constituent pourtant pas un cadre contraignant. Bien au contraire, comme l’a montré la Mission photographique de la DATAR au cours des années 1980, la commande suscite et encourage l’affirmation d’écritures personnelles.
C’est dans cet esprit qu’Anders Petersen s’attache à faire de ses commandes de véritables cartes blanches. S’il rend compte d’une ville, il en explore la composante humaine : les gens qui la font, qui l’animent, et qui l’animent lui, voleur d’âmes… que ce soit à Rome, Paris, Saint-Etienne, Groningen ou Sète…
Le territoire qu’Anders Petersen parcourt est essentiellement dessiné par les contours charnels de ses modèles. Il semble arpenter la ville avec une frénésie animée par le désir de l’autre et de l’écho qu’il renvoie. Loin d’une vision distanciée et silencieuse, celle d’Anders est faite de bruit et de fureur, s’immergeant au cœur de la foule dont il isole celui ou celle qui saura répondre à l’émotion qui le taraude, là, maintenant. En essayant, toujours, d’appréhender le mystère de la photographie et du portrait, captation furtive de fulgurances profondément sensibles.
La photographie d’Anders Petersen se fait sensuelle, organique. Il mêle, en une cacophonie festive, les plaisirs déclinés à l’envie de la chair et de la bonne chair, le tout exacerbé par une lumière sétoise, blanche et crue, qui rend les noirs encore plus denses, es matières plus palpables, plus âpres les contours des choses et des gens. Comme un clin d’œil à François Rabelais, en ce moment célébré dans cette même région du Languedoc-Roussillon, Anders nous invite à des agapes qu’on a envie de partager en une simplicité universelle, non dénuée de questionnements sur ce que nous sommes, inévitablement.

Gilou Le Gruiec