Jordi Bernado
Jordi Bernado
Galerie VU' 2005-03-04 to 2005-04-16

Chacun sait à quel point la photographie d’architecture, le paysage urbain et le paysage tout court ont été, depuis un quart de siècle, des enjeux majeurs de la photographie. Comme si, renouant, en les renouvelant, avec les débuts de l’image argentique, la photographie contemporaine voulait affirmer une légitimité historique, d’autant plus complexe qu’il s’agissait, aussi, de tuer les pères.

Cette période a été marquée par une présence massive, tant en termes esthétiques que du point de vue du marché, des artistes allemands, à commencer par les Becher, puis par leurs élèves et, aujourd’hui, par les élèves de leurs élèves. Il ne viendrait à personne l’idée de nier l’importance de l’approche, systématique, conceptuelle, rigoureuse des Becher : leur œuvre installe le medium dans le champ de l’art contemporain comme peu d’autres l’ont fait, en se nourrissant d’une histoire qui les lie définitivement à August Sander et au “style documentaire”.

On peut, cependant, émettre des doutes, ou avoir des sentiments mitigés sur l’œuvre de leurs élèves et de leurs émules. On peut même penser que, parfaitement structurés, soigneusement maîtrisés, remarquablement gérés, ces ensembles qui ont imposé le grand format “tableau”, la couleur froide et l’absence de sentimentalisme sont aussi impactantes que problématiques : quel en est le sens, au delà de l’esthétique ?

Il existe, pourtant, d’autres points de vue sur la ville et sur le paysage, qui s’ancrent dans une relecture de l’histoire et qui questionnent, sans concessions, l’espace public. A commencer par Gabriele Basilico qui nous a fait connaître le travail de Jordi Bernadó.

Tous deux viennent du monde de l’architecture et de l’urbanisme. Tous deux ont un point de vue analytique qui ne se satisfait ni de l’enregistrement ni de la réussite formelle.

Dans ses couleurs parfaitement maîtrisées qui nous renvoient aux souvenirs des cartes postales, dans ses panoramiques qui dérangent notre vision quotidienne, Jordi propose un vrai point de vue critique par rapport à l’urbanisme. Ce qui est exceptionnel, c’est qu’il le fasse avec jubilation, avec un humour évident, avec une légèreté de point de vue qui s’allie à la rigueur du cadre.

Je ne connais aucun autre photographe de l’espace urbain qui me fasse rire. C’est, évidemment, une bonne raison pour l’exposer.

Christian Caujolle