Bernard Faucon
Le Temps d'après
Galerie VU' 2005-12-02 to 2006-01-28

“Il y a d’abord eu “Le temps d’avant”, celui de la fin de l’adolescence et de la peinture, celui des photos “amateur” de paysages du Lubéron, de couchers de soleil, de portraits de Tatié, la grand-mère ou de Pierre, le petit frère, de souvenirs d’intérieurs aimés. En format carré et en couleurs, déjà un album personnel contient en germe, tant formellement (lumières et couleurs) que dans la relation au temps bien des éléments de l’œuvre à venir.
Il y a eu, ensuite, le temps de l’œuvre. Vingt années à mettre en scène, dans un langage de plus en plus épuré, un monde intérieur et des préoccupations métaphysiques visualisées en format carré et en couleurs. L’ensemble est décliné en séries parfaitement construites et cohérentes qui se concluront par “La fin de l’image” quand ne resteront à photographier que des pensées inscrites à l’encre de Chine blanche à même la peau. C’était il y a dix ans.
Depuis, Bernard Faucon qui a mis un terme à son œuvre parce qu’il considérait avoir épuisé ce qu’il avait à dire avec le medium photographique et se refusait à faire du “produit” en se répétant, a beaucoup voyagé. Essentiellement pour son grand projet “Le plus beau jour de ma jeunesse” qui l’amené dans vingt cinq pays pour que, le temps d’une journée particulière dont il organisait le moindre détail, des jeunes puissent s’exprimer librement avec la photographie. Durant ces voyages, Bernard Faucon a pris des images. Avec des appareils jetables ou un petit appareil numérique. Retour à la photographie “amateur”, toujours en couleur, mais en format rectangulaire. Et une approche intuitive, impulsive, parfaitement opposée à la lente et méticuleuse construction du corpus de l’œuvre.
Dans cette compilation de photographies qui ne prétendaient, au départ, qu’à servir de base au souvenir, s’est dégagé, naturellement, un ensemble, étonnamment cohérent, d’images d’espaces, paysages ou intérieurs, qui n’ont rien à voir avec l’exotisme ou ce qu’il est convenu de nommer «”photographie de voyage” mais qui imposent une vision. Comme s’il ne pouvait s’empêcher de rester photographe, Bernard Faucon s’est laissé aller à photographier des instants de lumière qui l’émouvaient, le surprenaient, attiraient son œil. Images réflexes qui s’articulent parfaitement, dans la finesse des teintes comme dans le retour de certains motifs, la fenêtre par exemple, avec tout ce qui a précédé.
Voici donc un “temps d’après”, sans prétention, léger, souple, lumineux. Un temps qui laisse souvent respirer le bonheur de l’instant pour nous dire aussi que, si nous regardons vraiment, il y a de la beauté, de l’élévation qui sont décelables à chaque instant dont nous savons profiter vraiment. Ainsi, l’œuvre est encadrée de deux temporalités différentes, l’une fondatrice, l’autre marquée par ce qui a fondé la création et qui ne saurait disparaître.
Le temps, le temps toujours, qui traverse, des débuts jusqu’à aujourd’hui les préoccupations permanentes d’un artiste qui ne saurait mentir. Le temps, parce qu’il est notre destin, peut-être aussi parce qu’il est la plus passionnante et mystérieuse question des données qui fondent la nature de la photographie”.

Christian Caujolle