Anita Conti
"Epreuves d'époque"
Galerie VU' 2003-02-21 to 2003-04-19

Révélée par le remarquable ouvrage publié par les Editions Revue Noire et les expositions qui l’ont accompagnées, l’œuvre photographique d’Anita Conti est venue confirmer l’importance de l’un des plus extraordinaires destins du XXème siècle, celui de «La Dame de la Mer», inoubliable auteur des «Racleurs d’Océans» et de «Géants des Mers Chaudes». Ses images, tendues entre la volonté documentaire et la fantaisie poétique d’une approche nourrie de liberté radicale, fruits d’une pratique «amateur» de la photographie, réalisées avec le souci constant de leur fonction pour des publications, dans les livres comme dans la presse, nous apparaissent aujourd’hui comme des chefs d’œuvre. Un chalutier enveloppé de brume, un marin lisant son courrier, la violence des éléments résumés au carré d’une vision de tempête, un agencement amusant de petits poissons en nature morte, la sensualité qui se dégage du corps sculptural d’un pêcheur africain voisinent avec les «paysages marins» dans lesquels la courbure de l’horizon, Océan problématique, accueille un minuscule bateau.
Nous parlons là d’images qui, dès qu’on les a vues, restent gravées dans nos mémoires comme des souvenirs de ce que nous n’avons pas connu et qui viennent enrichir notre illusion de partager avec d’autres les mondes qu’ils ont expérimentés.
Pourtant, en exposant les tirages réalisés par Anita Conti de son vivant et non l’interprétation actuelle - de très belle qualité - de ses négatifs, nous avons accès àautre chose qu’à la splendeur des images. Nous nous trouvons face à des objets, rares (il existe peu de tirages d’époque et, afin de conserver un fonds patrimonial conséquent, seuls les doubles sont proposés à la vente), vibrants, impossibles à reproduire aujourd’hui pour cause de disparition des papiers, concentrant dans la richesse des sels d’argent qui ont piégé la lumière une étrange émotion, bouleversante, qui semble abolir la distance du temps.
Avec rigueur, Laurent Giraud-Conti, fils adoptif d’Anita qu’il a accompagnée amoureusement durant les dernières années de sa vie, a sélectionné les épreuves et nous en a confié le devenir. C’est ainsi que nous pouvons montrer les tirages originaux qui retracent à la fois une passion et un choix de vie, des «souvenirs» de l’exposition organisée à Alger pour le Général De Gaulle en 1943, avec leurs légendes collées à même le papier photographique aux rectangles historiés qui immortalisent «le cul de chalut dégueulant la morue». C’est un plaisir. Et un honneur.

Christian Caujolle