Anders Petersen
Anders Petersen
Galerie VU' 2002-09-13 to 2002-10-26

La parution, en 1978, de Café Lehmitz aux Editions Schirmer-Mosel ébranla durablement le monde du reportage et de la photographie documentaire. Il était évident que, dès ce premier ouvrage, un auteur était né, qui redistribuait les cartes, qui disait «je», qui nous demandait d’accepter que la fonction documentaire de la photographie était le partage. Fut-ce avec les prostituées, les marins, les paumés, les pauvresses et les accordéons d’un bar de Hambourg dont les nuits, à la tristesse infinie, étaient traversées d’une immense tendresse. La photographie n’était plus «humaniste», simplement, l’humanisme avait trouvé son photographe, qui se souciait davantage des autres que de la joliesse ou de la séduction de ses images.

Un quart de siècle plus tard, c’est avec fierté et bonheur que nous pouvons présenter ce qui ne se veut pas une rétrospective mais qui dit le parcours, la fidélité, la droiture profonde de celui qui fut l’élève le plus proche de Christer Strömholm. Le temps n’a pas eu d’emprise sur cette œuvre exemplaire, mue par le désir et la poésie, et qui donne autant à ceux qu’elle photographie qu’elle offre à ceux qui regardent. La générosité est intacte, qui sait mêler, avec subtilité, l’attention pour les marginalisés du système - sans jamais être larmoyant et sans jamais nous culpabiliser- avec des images intimes, sans aucun exhibitionnisme et en excluant tout voyeurisme. Permanent autoportrait d’un écorché refusant, par éthique, de séparer ce qu’il montre de ce qu’il vit, l’œuvre d’Anders Petersen nous impose le sentiment que, pour accepter l’autre et ses différences, il faut considérer que chacun est unique, l’accepter. Il est ainsi évident que le photographe ne peut être extérieur, puisqu’il ne peut faire autrement que d’appartenir au monde qu’il expérimente.

Peut-être même que les portraits récents, gros plans accumulés d’anonymes, qui savent, une fois de plus, éviter les pièges du misérabilisme ou de l’héroïsation, dans leur mélange de dignité, de fragilité et d’étrangeté, sont simplement la plus pudique des manières de nous dire : nous sommes tous ainsi.

Tack, Anders”.

Christian Caujolle