Denis Darzacq
Denis Darzacq
Galerie VU' 2001-05-18 to 2001-09-08

Le regard plonge, de plus ou moins haut selon les cas, de façon plus ou moins verticale selon les situations, mais, toujours, le photographe des "Ensembles" se dissimule, de part sa position physique, à ceux qu’il épingle sur un fond clair. Chasseur attentif, d’une extrême précision de cadrage, il taille dans l’espace public, celui de la déambulation ordinaire, pour donner sens à ces croisements aléatoires de ses contemporains dans la ville. Ou pour, au moins, questionner ces rencontres qui n’en sont souvent pas et qui ne dépendent guère que du fait que, à un moment donné, des individus se trouvent au même endroit, dans un parc, sur un marché, dans la cour d’un lycée, à la sortie d’un établissement scolaire, dans une piscine ou sur une esplanade par exemple. Cette façon de ramener
le monde à une série de rectangles, verticaux et horizontaux, produit un étrange résultat : nous percevons, avec précision, des signes auxquels nous ne prêtons en général plus attention (les vêtements siglés des jeunes par exemple) et les gestes que nous "voyons", demeurent énigmatiques. Comme si la précision du regard, figée par la photographie, se révélait incapable à expliciter quoi que ce soit du monde réel. Comment expliquer autrement que, dans une foule en mouvement, une dame africaine vêtue d’orange devienne le point central de notre intérêt alors qu’elle ne fait rien de particulier et que nous ne saurons jamais rien d’elle ? Comment se fait-il que nous ne réussissions à rien comprendre des gestes esquissés entre deux adolescents ou que deux groupes de garçons comparables, qui se croisent en ligne, ne nous livrent aucun élément fiable sur eux – bandes ou simple hasard ? Le traitement de la couleur, qui poursuit de façon nouvelle le propos développé dans les visions de la nuit de "Only Heaven" ajoute à ce questionnement : son apparent "réalisme" ne nous est d’aucun secours. Reste cette interrogation, parfaitement actuelle, sur la relation aux autres.
À moins qu’il ne s’agisse simplement de l’absence de cette relation.

Christian Caujolle