Ricard Terré
Ricard Terré
Galerie VU' 2000-11-10 to 2001-01-13

Le parcours de Ricard Terré est unique. En effet, on ne connaît pas d’autre cas d’un auteur qui, ayant abandonné la photographie durant un quart de siècle, reprend un jour ses appareils et, immédiatement, retrouve l’acuité de vision de ses jeunes années.

Lorsque, dans l’Espagne franquiste de 1955, le jeune catalan (il est né à Sant Boi de Llobregat en 1928) abandonne la peinture et la caricature pour se consacrer à l’image argentique, il adopte un oint de vue parfaitement original et prend des risques tout à fait étonnants. Il se consacre essentiellement aux processions de Semaine Sainte et, à l’opposé de la vision pictorialiste d’un Ortiz Echagüe -qui est alors le "grand photographe" espagnol -, il se confronte au réel avec une rare proximité.

Au premier plan, des croix ou des visages, flous, structurent une vision noire, traversée de clins d’oeil, dans laquelle l’artiste met en forme, de détails en formes noires, de jeux de mains rythmant l’espace en enfants surgissant des sombres cortèges, une pratique collective et masochiste du catholicisme. On est toujours frappé, lorsque l’on regarde les dates, par la moder- nité d’une approche qui ne doit rien à d’autres auteurs de l’époque, inconnus de toutes façons dans une péninsule ibérique fermée par la dictature.

En 1959, Ricard Terré réalise une exposition audacieuse, faisant cohabiter des formats géants et de petites épreuves et occupant l’espace par des rythmes qui refusent la convention. Rares seront ceux qui comprendront la démarche...

Installé à Vigo, Ricard Terré se consacre à ses activités professionnelles et, apparemment, oublie la photographie. Pas tant que cela, vraisemblablement, puisqu’en 1982, il recommence, toujours sur la même thématique, et avec une constance du regard, une cohérence et une pertinence de l’écriture qui laissent admiratifs.

La série la plus récente, cette "mort poétique des petites choses" qui laisse la lumière révéler calmement des natures mortes trouvées d’objets brisés devient bouleversante. Oeuvre de l’âge, elle est étonnamment sereine et dit le temps, la mort, la fragilité, la tendresse du regard et une relation immensément pure à la photographie.

Christian Caujolle