Philip Blenkinsop
Philip Blenkinsop
Galerie VU' 2001-03-23 to 2001-05-12

Les situations, qu’il s’agisse de l’actualité évènementielle ou de la vie quotidienne, sont violentes. D’une violence souvent extrême. Les images, de façon parfaitement volontaire, sont directes et restituent le sentiment de cette violence. Le propos de Philip Blenkinsop est parfaitement clair et assumé. Journaliste – n’oublions pas ses scoops à Phnom-Penh durant le coup d’état de Hun Sen en juillet 1997, au Timor dès 1998, à Kalimantan, en Indonésie, avec cannibalisme et têtes coupées durant des violences inter-ethniques en 1999 – réagit au refus des media de confronter le spectateur à l’insoutenable de ces violences. Il pense que, en refusant des images sous prétexte qu’elles seraient "trop violentes" (ce qui est trop violent et insupportable c’est la situation sur le terrain, pas les images), la presse conforte le lecteur dans son apitoiement, dans ses bons sentiments et dans l’appréciation qu’il peut avoir de sa propre chance de vivre confortablement. Il y a là, dans cette façon de rendre acceptables et consommables des situations inadmissibles, une forme de complicité avec le pire. Parce que l’on n’appelle à aucune révolte.Si la réflexion est parfaitement claire, la forme est tout aussi réfléchie: on ne rejoint pas une guérilla en emportant, en même temps que son Leica, une chambre et du négatif Polaroïd si l’on n’a pas un réel projet photographique. Les portraits figés d’individus ou de groupes, instaurent un face à face, une présence du regard et des acteurs – de l’action comme de la photographie – qui dialogue avec les instantanés arrachés à l’action et en relativisent la valeur exemplaire. Beaucoup plus subtil et complexe qu’il n’y paraît, le travail de Philip Blenkinsop interroge la pertinence de la forme de l’information. C’est donc logiquement que les épreuves proposées au mur deviennent toutes des pièces uniques, grâce à un savant travail d’inscription manuelle de textes qui donnent une information que l’image seule est incapable de fournir.

Christian Caujolle