Gabriele Basilico
Milano ritratti di fabbriche
Galerie VU' 2006-06-28 to 2006-09-09

C’est une collection de portraits. Des portraits comme on les rangeait jadis dans des albums de famille et qui composent effectivement une famille. Sauf qu’il ne s’agit pas d’une famille d’individus mais d’usines. Des usines des zones industrielles de Milan, la ville de Gabriele Basilico.
Un ensemble de portraits frontaux, réalisés entre 1978 et 1980 et qui est la première série sans personnage d’un des plus importants artistes européens qui se sont attachés à explorer la ville et le paysage.
Sa formation d’architecte, naturellement, explique le choix de celui qui, quelques années auparavant s’était essayé au reportage social. Ici, plus d’ouvrier, pas de voiture, d’agitation, simplement, parfois, au sol, des signes du passage de l’homme. L’ensemble est silencieux, sans effet, attentif à une grande unité de lumière qui souligne et révèle les détails.
Dans sa rigueur plastique qui se souvient de certaines séries de Walker Evans, qui oblige à penser aux Becher ou à Lewis Baltz, Gabriele Basilico sait insuffler de l’émotion, voire un certain romantisme. Comme s’il sentait que ces bâtiments, qui font partie depuis toujours de son paysage personnel étaient voués au passé et que la classe ouvrière allait disparaître. De fait, et même s’il s’attache à une forme de perfection formelle, jusque dans la splendeur des tirages - présentés ici en grand pour la première fois - il ne photographie pas ces usines comme des sculptures (les Becher) mais comme des créations de l’homme qui abritent d’autres hommes et leur labeur.
Et c’est bien pour cela que l’on peut parler de portraits. Et même de portraits sociaux et engagés.

Christian Caujolle