Lorenzo Castore
Paradiso
Galerie VU' 2004-01-16 to 2004-03-13

Les façades délavées de La Havane ont attiré nombre de photographes qui ont utilisé ce décor en couleurs pour immortaliser des anecdotes. Une sorte de théâtre, donc, souvent accessoirisé de quelques vieilles Cadillac aux teintes d’avant la Révolution.
La couleur, à Cuba, est une évidente tentation, une séduction. Il est donc difficile d’en dépasser le charme que la photographie peut saisir dans les nuances de son évidence. En fait, à Cuba, la couleur est un piège qui pousse le photographe vers la joliesse.
Lorenzo Castore, qui est séduit par La Havane, ne s’est pas laissé prendre au piège. Comme son projet était de saisir une ambiance, de caresser le temps, de scruter visages et sentiments, gestes et corps dans le sentiment du délitement de la ville fragilisée, il n’a pas abordé la couleur sous l’angle de sa séduction mais en a fait la matière de son propos.
Matière qui se manifeste dans le grain, dans la vibration, dans ce que l’on pourrait parfois considérer comme une touche de peintre et qui fait respirer, à l’intérieur du cadre, des sentiments contradictoires, des énigmes, des personnages aux regards perdus que la lumière vient caresser ou colorer.
La sensualité, la chaleur, c’est cette matière si particulière de sa couleur qui nous la transmet, la rend sensible et presque physique. Alors, l’essentiel peut s’imposer avec naturel : les émotions captées avec une rare attention, transmises élégamment, comme elles ont été vécues et ce sentiment fort que le photographe, en la fragmentant et la peuplant de personnages débarrassés de tout folklore ou de tout aspect touristique, renvoie au mystère absolu de la fascination pour une ambiance unique.

Christian Caujolle