Stanley Greene
Fragments de guerre
Galerie VU' 2004-01-16 to 2004-02-28

Il est des engagements qui forcent le respect. Celui de Stanley Greene contre le massacre du peuple et des civils tchétchènes est de ceux-là. Sa détermination contre le cynisme et la bestialité d’un Eltsine, puis d’un Poutine, dignes héritiers de Staline déportant les peuples du Caucase, l’installe dans une position de conscience qu’il assume avec d’autant plus de naturel qu’elle a simplement fondé les dix dernières années de son existence. Au point que sa vie personnelle et sa vie professionnelle de journaliste se sont parfaitement mêlées.

On connaît ses images, sa capacité à nous faire ressentir la brutalité d’une guerre archaïque qui évoque davantage la première guerre mondiale que les frappes “chirurgicales” guidées par les lasers, la tendresse de ses portraits de ceux que Moscou qualifie de “terroristes”, ses images d’action, directes, à la mesure du risque personnel qu’il prend. On sait sa contribution à l’écriture de l’histoire et son attention au cadrage sans cultiver l’esthétisme, son exigence sur la qualité sans verser dans le maniérisme. Son engagement est plus important que son style et même si certaines de ses photographies ont l’impact de certaines images de Capa ou de l’Eugène Smith qu’il assista, il reste d’abord attaché à documenter un moment de son histoire contemporaine, à témoigner, à engager la mémoire.

“Plaie à vif”, le livre dans lequel il a réuni la partie significative de ces dix années de travail, est davantage un livre sur la guerre à la fin du vingtième siècle qu’un simple témoignage sur la Tchétchénie. Il s’agit là d’une réflexion exemplaire sur la notion de témoignage et sur la forme de l’engagement.

L’exposition qui lui fait écho et qu’il a souhaité intituler “Fragments de guerre” est une autre mise en forme de cette masse de documents accumulés avant la guerre, pendant le conflit, dans les périodes dites “de paix” autant que pendant les massacres de la seconde guerre. Une mise en forme au mur, qui veut dire à la fois, simplement, les enjeux de cet engagement qui est le sien et le nôtre : la nécessité, pour ne pas nous tromper et ne point illusionner d’une dialectique cohérente entre éthique et esthétique.

Christian Caujolle