Gao Bo
Tibet 1995/2003
Galerie VU' 2003-06-27 to 2003-08-31

Sur toile ou sur de grandes feuilles de velin d’Arches émulsionnées à la main, des Tibétains nous regardent. Seuls, à deux ou trois, puis dans des groupes où les enfants se figent devant la chambre en grand format, l’intensité de leurs regards nous captive et rend visibles et à la fois douloureux le désir et l’impossibilité de la parole. C’est d’ailleurs le mot “parle”, inscrit à même le négatif, qui vient compléter, dans la série des “portraits dessinés”, un des visages brouillés par un travail pictural.

Pour les “portraits et masques”, tirés sur toile et montés sur châssis, les grands formats font dialoguer, dans une dualité inversée, de somptueux masques traditionnels en bois et des portraits de Tibétains portant des masques, apportés par les Chinois et qui deviennent davantage des bâillons que des modes de protection. Alternant fond noir et fond blanc, dans la tradition du “Ying, Yang”, ils s’imposent comme des objets contemporains, puisant leurs racines dans deux cultures millénaires.

C’est ce principe de “Dualités” que Gao Bo reprend dans son installation qui sera présentée aux Rencontres d’Arles 2003puis à Valenciennes * : les portraits de douze condamnés à mort, yeux ouverts sur fond noir, puis yeux fermés sur fond blanc et accrochés à l’envers, accompagnés de vidéos et de textes. Au travers d’eux, il évoque ses souvenirs de la révolution culturelle, alors qu’il était enfant.

Une dernière série, également tirée sur toile, devient une longue fresque, une procession de Tibétains en file attendant d’entrer dans le grand temple de Lhassa, une file qui pourrait être sans fin et n’est limitée que par l’espace d’exposition.

Par ces portraits rigoureux et savants, Gao Bo nous demande de réfléchir, avec lui, au sort des Tibétains et de leur culture.

Silencieusement, intensément.

Christian Caujolle