Larry Fink
Larry Fink
Galerie VU' 2001-09-14 to 2001-11-03

En 1984, en préface de son premier livre "Social Graces", devenu un livre culte que l’on réédite aujourd’hui dans une version augmentée (Power House éditions, New York) , Larry Fink écrivait : "Certains, à tort, parlent à mon sujet de satire. Je ne proteste pas car la satire est incontestablement un genre puissant et, si le travail est ainsi perçu, il remplit une fonction. Mais je ne suis pas d’accord. Je prends ces images avec l’espoir de me trouver au travers des autres, ou bien que l’autre se reflète en moi-même. Je les prends avec empathie. Une empathie émotionnelle, physique, sensuelle. Ce travail est politique et non polémique". Quelques vingt ans plus tard, on ne saurait mieux dire en peu de mots, tant la ligne de conduite, fondée sur une éthique aussi solide que le personnage n’a, dans le travail personnel en tout cas, pas varié d’un iota. Même si elle n’a pas la prétention d’être une rétrospective, l’exposition tient à marquer des moments-clé. Ceux, rarement vus, des tout débuts, entre la période hippy des années 1957 à 1960, à la force émotionnelle intacte, ainsi que la série réalisé chez le peintre Moses-Soyer en 1960, portrait exemplaire d’un émule américain de Degas, de l’univers féminin, du nu et de la danse. Social Graces, avec les images récentes et des icônes, interroge toujours les vernissages, les fêtes, un monde à la richesse ostentatoire qu’il confronte à la façon dont ses voisins de Martins Creek, dans la Pensylvanie profonde, font eux aussi la fête, déroulent leurs rites d’anniversaires et, comme les nantis – mais avec d’autres liquides – se laissent aller à des formes d’ivresse. En confrontant la vision des mondes, a priori imperméables, de la boxe et de la mode, nous nous rendons compte comment, de compositions audacieuses en coups de flash qui épinglent situations et expressions, le même regard est à l’œuvre. Implacable, explorateur, révélateur, producteur de questions tranchantes que l’on retrouve dans une visite à Wall Street. Comme un cadeau, malgré sa pudeur, Larry Fink nous offre quelques images de son "jardin secret". Là où il vit, en pleine campagne, entouré d’animaux et d’amour, il photographie - magnifique preuve que la photographie est une passion et non un savoir faire – des plantes qui l’entourent. Et il découvre là d’étranges personnages : des mantes religieuses qu’il faut bien considérer en regard de l’ensemble de l’œuvre. Il ne s’agit pas d’une rétrospective. Mais peut-être de la suggestion que, à soixante ans, Larry Fink, bien plus que d’autres, mériterait une rétrospective.

Christian Caujolle