Isabel Muñoz
D'Afrique et de Chine, 1999
Galerie VU' 2000-02-02 to 2000-03-11

Ils jouent avec l’attraction terrestre et réussissent à s’envoler, réalisant ainsi le rêve de tous, enfants, nous avons fait. Ils sont danseurs en Afrique ou grands maîtres des arts martiaux en Chine et par la seule magie du regard qu’Isabel Munoz porte sur eux, c’est le même espace qu’ils traversent, ponctuations parfaites défiant les lois de la pesanteur.

Les vrais photographes fabriquent le monde à l’image de leur regard. Et leur regard est régi par des images intérieures qui mettent en forme leurs centres d’intérêt, leurs désirs, voire leurs obsessions.

Depuis des années, Isabel Munoz fait semblant, de par le monde, de photographier la danse. On a voulu lui coller une étiquette de « spécialiste » de la danse parce que, du ballet classique au flamenco, du tango au ballet khmer, de la danse du ventre égyptienne, à la lutte turque ou à la tauromachie, elle a su, mieux que tout autre, nous restituer l’âme de ces pratiques du rythme, de ces explorations de l’espace et de ces explications du désir qui puisent leurs sources dans de grandes traditions populaires.

Avec les danseurs du Burkina Fasso ou avec les grands maîtres de Shao Lin, elle poursuit sa quête de la splendeur des corps. Et elle sait à la fois, en inventant l’espace ou en fragmentant la peau, restituer le rythme et nous faire toucher du doigt le mélange de force et de sensualité qui émane de ces êtres devenus hors du commun par une alliance de la nature et du travail.

Alors, servis par des tirages somptueux, dont ses platines exemplaires, une danseuse africaine s’envole quand un prodige chinois, simplement posé sur sa tête, est capable de tenir à la verticale. Et c’est magique.

Christian Caujolle