Antoine D'Agata
Antoine D'Agata
Galerie VU' 2000-05-26 to 2000-07-29

La nuit, on ne sait pourquoi, sera favorable aux images. Ou plutôt, l’intensité avec laquelle Antoine d’Agata vit la nuit, l’a amené à ne photographier que lorsque néons et lumières artificielles transpercent l’obscurité.

Au départ, il s’agit bien moins de photographie que de l’expérience d’un individu repoussant les limites du raisonnable et en perpétuelle prise de risque. Antoine d’Agata vit ses nuits de voyageur, bourlingue de bars en bordels, de drogues en alcools, d’émotions en expériences, de moments fragiles volés au temps qui passe en abondons sensuels. Un côté Genet, en quelque sorte. Vision hétérosexuelle et troisième millénaire.

La nuit, celle des rencontres et du paysage, celle des personnages croisés le temps de trop de verres avalés ou d’excès de vitesse menant de sordide en sublime, convoque le regard pour une confrontation à la fois aléatoire et déterminée au monde. C’est le lendemain, ou bien plus tard souvent, en regardant les images enregistrées entre ivresse et déglingues du corps, que la beauté surgira, comme ces visions extrêmes, inconscientes et physiquement indépassables, qui déforment les visages mais apaisent les corps offerts au plaisir à venir. La nuit tangue tout au long de rues habitées d’ombres qui furent et deviendront des corps.

De Mexique en Provence, de Méditerranée en dérives parisiennes et sans que jamais la localisation ait un sens, Antoine d’Agata nous convie à ses nuits de doute et de jouissance suspendues entre le bonheur du faire et le malheur d’être.

Parce qu’il ne cadre pas pour jouer au photographe brillant, parce qu’il ne veut pas démontrer mais nous oblige à éprouver et partager, sa photographie généreuse ne nous place jamais en situation de voyeurs. C’est pour cela que, sans réticence aucune, nous le suivons dans des nuits que nous n’avons, souvent, plus le courage ou l’énergie de vivre. Alors, nous sortons du cadre et du cadrage de la photographie pour, à nouveau, expérimenter le monde.

Christian Caujolle