Jeh Song Baak
Jeh Song Baak
Galerie VU' 2002-05-17 to 2002-09-07

D’origine coréenne, il a grandi aux Etats-Unis. Devenu photographe, il choisit de vivre dans une Europe dont la culture lui semble mieux correspondre à ses goûts et à sa sensibilité, Jeh Song Baak est à la fois citoyen du monde et un éternel apatride dont la photographie est devenue la véritable nationalité et la raison de vivre. Il traverse le monde et ses espaces avec une attention généreuse, un étonnement à l’affût, un désir de rencontres qui se révèlent impossibles et l’univers, sous son regard, se transforme en une dramaturgie contemporaine dont les mystères restent inexplicables. Un temps en suspension nimbe des scènes qui se refusent à la glose quand la rencontre énigmatique d’une ombre d’arbre et d’un nuage reconstruit un univers rêvant une impossible harmonie ou que, au bord d’une route, une femme nourrissant des chats devient l’héroïne d’un film hésitant au bord du cauchemar. Entre un monde qu’il accepte aussi peu que celui-ci lui laisse place, un photographe écorché se sent environnée de fantômes traversés de lumière, sous la pluie, et d’une multitude de reflets, d’illusions séduisantes, de séductions contemporaines qui nous empêchent d’atteindre une matérialité qui refuse qu’on la représente pour mieux nous atteindre. Enquête d’identité tout autant qu’exploration de la photographie, questionnement d’un monde devenu incompréhensible et, en même temps, fascination pour la part d’irréel qui se glisse dans le quotidien, le parcours souple et inquiet de Jeh semble nous dire que les questions sont sans réponses. Nourri de cinéma, de poésie et de littérature, plus noir que gris, l’univers est à la fois sur le point de sombrer, inextricable et définitivement inaccessible et producteur d’images qui ne veulent ni l’expliquer ni le reproduire mais qui interrogent sa dérive vers un quotidien transformé en fiction. Alors, la photographie nous rend visibles des images que nous avions croisées et jamais vues et qui, maintenant immobiles, nous semblent à la fois étranges et familières. Je repense au « frère voyant » qu’évoquait le poète Paul Dermée à l’occasion de la première exposition d’André Kertèsz à la galerie « le sacre du Printemps » et je constate que, aujourd’hui comme hier, les « voyants » sont inexplicables.Tant mieux.

Christian Caujolle.