Hiroto Fujimoto
Hiroto Fujimoto
Galerie VU' 2002-05-17 to 2002-09-07

Le sentiment, aussi rare que précieux, de se trouver face à de la photographie « pure » est extrêmement troublant. Sur le papier, dans le plan, des formes, dont notre œil caresse les contours apparaissent, inscrites par la seule lumière qui a oxydé les sels d’argent et crée, ainsi, des organisations de gris et de noirs, de blancs plus rarement, qui nous permettent de mettre en relation cette organisation des masses et de l’espace avec des lieux, des objets ou des formes que nous avons, auparavant, expérimentés dans le monde en trois dimensions ou au travers d’autres images. L’expérience des épreuves de Hiroto Fujimoto se résume à ce trouble intense. Dans les carrés les plus calmes (apparemment) et les plus contemplatifs qui soient nous faisons référence à des arbres, des étendues marines, des cascades, des herbes, des collines, des organisations savantes de végétaux entrecroisée, de fougères arborescentes, nous voulons voir de la neige dans un scintillement de blanc, de la houle dans un étagement de gis. L’auteur, pourtant, est bien loin de ces anecdotes du « réel » que nous cherchons toujours à réintroduire dans la lecture des images. Aussi étranger à l’anecdote qu’à une temporalité événementielle, il demande simplement à la photographie d’agir en explorant ses propres limites. La rigueur d’un voyageur inventant des paysages qui n’existent que par son cadrage se réalise dans l’invraisemblable perfection de tirages dont la reproduction imprimée est un défi absolu justifiant, encore, une approche photographique du monde : de purs objets photographiques qui nous rappellent que la lumière et capable d’écrire une infinie variété de nuances de noir dans la transformation chimique des sels d’argent. On se surprend à repenser, alors que ces images sont, à l’évidence, d’aujourd’hui, à la fascination qui, au dix-neuvième siècle, saisit ceux qui virent les premiers « dessins héliographiques » et les premières « images argentiques ».

Christian Caujolle