Alberto Garcia Alix
Alberto Garcia Alix
Galerie VU' 1999-06-05 to 1999-07-24

Autoportraits, portraits d ’amis, portraits de rencontre, portraits d’acteurs du porno, portraits de lieux qui sont les portraits de ceux qui les pratiquent, les carrés de Garcia Alix sont une belle et longue prise de risque, autour d’une idée du portrait dont il a écrit qu’il était un crime. Et que le photographe qui s’y adonne, lui en l’occurrence, était un criminel.

Adepte de la contradiction et ennemi des étiquettes, ce motard tatoué, rocky adepte de sensations fortes est un grand tendre, généreux, subtil, comme ses tirages dans lesquels les gris virent avec une tonalité crème qui n’appartient qu’à lui.

Portraitiste rebelle, adepte du risque vécu et de l’amitié indéfectible, voyou orgueilleux au plus beau sens du terme, il a, sans esbroufe, dressé le portrait de cette partie d’une génération qui, à la fin du franquisme, revendiquait le droit de ne pas être dans la norme. Parmi ces marginaux madrilènes, il a su révéler beauté, amour, force de vie, fragilité au-delà des apparences pour nous laisser, en atteignant une évidence de la forme, l’album de famille, traversé de fulgurances et parfois de violences, d’une communauté souvent chaotique.

Forme classique, exigeante dans le carré comme dans le rectangle, sens de la frontalité sans académisme ni agressivité, équilibre tendre pour un espace qui sonne aussi juste que quelques uns des riffs de guitare qui ont accompagnés la prise de vue.

Le secret, car il y en a un, est fort simple. Alberto Garcia Alix ne triche pas, surtout avec lui-même. Si son album de famille qui devient déjà un document nous semble aussi évident, c’est que le personnage n’épingle pas, comme on le fait des insectes, les personnages d’un zoo de marginaux qu’il viendrait photographier. Il fait simplement partie d’eux, il est l’un d’entre eux et il nous parle de lui comme il nous parle de ceux qui l’entourent.

Alors, ses autoportraits qui peuvent se résumer à un détail de tatouage, à ses chaussures ou à un préservatif usagé élégamment tenu au bout des doigts ne relève pas du narcissisme mais de la nécessité d’assumer le fait que le portrait est toujours un art du crime, y compris contre celui qui le commet.

Christian Caujolle