Lars Tunbjörk
Lars tunbjörk
Galerie VU' 1999-09-15 to 1999-10-16

Les photographes qui nous font sourire sont rares. Ceux qui nous rire, encore plus rares. Et ceux qui nous font rire en nous faisant comprendre immédiatement qu’ils nous entretiennent de questions importantes qui mériteraient, au-delà de l’amusement immédiat qui a attiré notre attention, un minimum de sérieux, appartiennent à un espèce qu’il est urgent de protéger, si elle a jamais existé.
Avec Lars Tunbjörk, nous avons la chance d’avoir sous les yeux un rarissime spécimen de cette approche incisive du monde qui, après avoir décillé notre regard et déridé nos zygomatiques, nous invite à une réflexion, guère réjouissante mais point désespérée, sur l’état du monde dans lequel nous vivons.

Sans jamais céder à la caricature, sans férocité aucune, mais avec jubilation, il épingle les travers de ses contemporains avec une salutaire volonté de remettre le désordre à sa place.
Au premier rang de son terrain de chasse figurent ses compatriotes suédois, ce qui est une jolie manière de ne pas s’exclure de l’absurdité ambiante. Loin des clichés des « petites suédoises » et de la « réussite social démocrate » si souvent donnée en exemple, il dresse le portrait d’une collectivité dans laquelle le non-sens le dispute à la bêtise sur fond de grands espaces, de corps exaltés et de consommation.

S’il réussit à éviter la caricature, c’est que Lars Tunbjörk n’est pas intéressé par les anecdotes qu’il utilise comme un prétexte à mettre en forme les images qui questionnent le fonctionnement de la photographie et, tout particulièrement, celui de la couleur dans la photographie contemporaine.

Rarissime exemple d’Européen ayant tiré les leçons des grands aînés américains qui explorèrent ce domaine dans les années soixante-dix, il sait composer avec la couleur, et elle seule, traquant ou fabriquant les kitch, les stridences, les harmonies ou les contrepoints pour des images passant avec une élégance légèrement amère du rock à la balade.`

Et il est vraiment redoutable : après avoir vu ses images des bureaux, vous ne pourrez plus jamais aller travailler comme avant, vous aurez peur de vous-même autant que de ceux qui ont organisé les espaces dans lesquels vous oeuvrez.

Christian Caujolle