Michael Ackerman
Michael Ackerman
Galerie VU' 2004-09-10 to 2004-10-30

Il y a deux séries. Il y a aussi des photographies isolées. Comme toujours, des visions, en noir et blanc, immédiates et que la lumière trouve autant qu’elle les compose. Dans des contrastes dont le grain éclate la convention des genres, les émotions sont palpables, transmises avec une évidence élégante qui caresse tout, attristée parfois, et définitivement vouée à un temps que nous n’expérimentons qu’avec la photographie.

Il y a une série de portraits carrés. Des portraits d’hommes. Sur fond noir. Seuls. Enigmatiques. Des hommes perdus dans une forme d’autisme photographique qui correspond à leur solitude existentielle de poivrots croisée puis apprivoisés au fond de bars de nuit. Pas d’anecdote, jamais. Mais de la forme. Du blanc qui déforme les visages et les expressions autant qu’il les révèle, un cadre qui cerne les traits en leur laissant le minimum d’espace vital, de respiration d’image. Mais pas plus. Pour nous laisser, finalement, face à une famille de personnages à la fois dépourvus d’identité et forts de leur caractère, de leur perte même. Troublants, attachants, inaccessibles aussi, et sans doute en partance.

Il y a une série de paysages rectangulaires. Des paysages marqués par le blanc et saisis dans une urgence du regard. Presque romantiques parfois, sensibles toujours, alors que l’on sent qu’ils peuvent échapper à la perception qui fige la vision fugitive. Des paysages qui ont failli ne pas exister et qui n’existent plus qu’en image. Le temps n’est plus celui de l’horloge mais celui de la photographie au travail.

Il y a des images isolées. Intenses de regard croisée, de corps installés dans l’espace, de personnages énigmatiques qui nous renvoient à nos propres solitudes. Des visions de personnages dont il importe peu – si ce n’est que les lumières et les ambiances changent – qu’ils aient été captés à Cuba, en Pologne, à Paris, à Naples ou à New-York. Il y a, simplement, de la photographie à l’œuvre dans l’exploration de ses limites et de ses possibilités.

Il y a aussi un invité. Adam Cohen, documentariste et ami de Michael Ackerman dont les captures d’images disent parfaitement les énigmes de la représentation du réel.

Il y a du plaisir et de la fierté à présenter des regards exigeants, murs par la seule nécessité, interrogeant le monde contemporain avec une rare fidélité à des engagements éthiques, et continuant à affirmer que l’artiste est responsable face au monde qu’il expérimente, explore et représente.

Christian Caujolle