Hugues de Wurstemberger
Pauline & Pierre
Galerie VU' 2005-09-16 to 2005-11-19

Pauline et Pierre ont bien de la chance et, si je ne les connaissais depuis toujours, je crois bien que je serais jaloux d’eux. En fait, ils ont le plus bel album de famille qui existe au monde. Parce qu’ils ont un papa qui les adore, bien sûr, mais surtout parce que leur papa ne peut pas s’empêcher d’être photographe à chaque instant de sa vie, à chacune de ses respirations.

Sur les images de cet album, on les voit grandir comme des enfants qui découvrent le monde, puis qui s’inventent le leur, tour à tour casse-cou, espiègles, infernaux, tendres, joueurs, inquiets, rieurs, émerveillés. On les voit aussi dans leur relation à leur mère et à leur grand-mère (celle du père, les images nous la content) et aussi à l’espace, à la nature entre autres, dans la Suisse originelle ou au bord de la mer du Nord. C’est pour cela qu’il est tout à fait normal que cet album de famille soit ponctué de paysages et de sous-bois, de rochers, de lacs et de forêts.

Toujours en carré, toujours en noir et blanc, toujours soucieux de recueillir les vibrations de la lumière qui sculpte le monde de l’étagement de ses gris ou de ses contrastes, Hugues de Wurstemberger sait mieux que quiconque, sans maniérisme aucun, trouver la distance juste, l’espace adéquat, le ton pertinent, entre tendresse et sourire, qui lui permettent d’échapper à l’anecdotique.

Les albums de famille sont rarement montrés, et ce n’est souvent que justice, même si une vogue actuelle fait que l’on se penche sur leur dimension historique. Celui dont Pauline et Pierre sont les acteurs principaux démontre simplement qu’il n’y a pas de sujet « mineur », qu’il y a juste des photographes mineurs.

Pauline et Pierre ont bien de la chance – et je dois aussi les remercier d’avoir été, sans façons, des complices de cette aventure - : ils prouvent de la façon la plus brillante qui soit que l’on peut photographier les enfants sans tomber dans la niaiserie. Pour cela, et c’est trop rare, il suffit qu’il y ait un grand photographe.

Christian Caujolle