Cristina Garcia Rodero
Cristina Garcia Rodero à la Biennale di Venezia 2001-2005
Galerie VU' 2006-02-03 to 2006-03-25

Rares sont les artistes qui, de leur vivant et à si peu d’années d’intervalles, ont eu l’honneur de participer à deux reprises à la Biennale di Venezia. D’autant qu’il ne s’agissait pas de représenter leur pays dans les pavillons nationaux des Giardinni, mais de répondre à une invitation à participer à l’une des expositions manifestes mises en œuvres par les commissaires artistiques de ce qui reste le plus prestigieux des rendez-vous mondiaux de l’art contemporain. C’est ce qui est arrivé à Cristina Garcia Rodero.

En 2001, tout d’abord, lorsque Harald Szeeman lui demande de participer à son énorme exposition-testament « Le Plateau de l’Humanité ». Dès l’entrée du pavillon italien, dans un accrochage spectaculaire, les grands formats en noir et blanc, de Cristian, extraits de son énorme travail en Haïti, impressionnaient et dérangeaient. C’était de fait, la première fois qu’était ainsi célébré un travail qui s’était toujours revendiqué de la photographie, du documentaire, du reportage et qui se trouvait présenté à l’égal des plus grands noms de l’art contemporain. Il s’agit là d’une date salutaire, qui signe la fin d’une aberration qui voulut, durant des décennies, que l’on opposât les « journalistes » et les « artistes ». J’en suis d’autant plus reconnaissant à Harold Szeeman que, avec l’ouverture d’esprit qui le caractérisait et alors qu’il ne connaissait de Cristian que son premier livre, « Espana Occulta », il accepta de mettre en espace le travail le plus récent.

En 2005, les deux expositions phares de la Biennale étaient confiées à deux commissaires espagnoles, Marial Corral et Rosa Martinez qui invita Cristina à donner dans les immenses espaces de l’Arsenale, un avant-goût du grand projet qu’elle développe depuis plus de dix an. Faisant le tour du monde, entre pratiques rituelles et religieuses et manifestations spectaculaires, païennes, voire pornographiques, la petite exploratrice espagnole s’attache à questionner la situation du corps dans le monde contemporain. « Entre le Ciel et la Terre », comme elle le dit, tant le corps contemporain semble écartelé entre une lourdeur indépassable et un désir inaccessible d’élévation.

Nous travaillons avec Cristina Garcia Rodero depuis plus de quinze ans. Nous avons défendu son travail lorsqu’il n’avait pas les honneurs des grandes institutions internationales de l’Art, et nous sommes heureux et fiers de pouvoir montrer à Paris, où elle n’a jamais été exposé…, cet ensemble lié à la Biennale di Venezia.

Au cœur de son œuvre, il y a, évidemment, ce questionnement qui n’a cessé de nous rapprocher : quelle peut-être aujourd’hui, avec la plus grande exigence esthétique, la fonction de la photographie dans le décryptage du réel, dès lors que l’on se refuse à simplement le reproduire ou à l’édulcorer ?

Christian Caujolle.