Entretien avec Isabelle Pourrain Levistre
Photographe et Directrice des ventes de la Galerie VU’

Isabelle Pourrain Levistre, photographe et récemment nommée Directrice des ventes de la Galerie VU’, revient sur son parcours : de ses débuts dans les ressources humaines à sa passion pour le tirage argentique, jusqu’à ce nouveau défi au cœur de l’avenue de Saxe. Entre exigence technique et engagement humain, elle nous confie comment elle concilie son regard d’artiste avec ses nouvelles responsabilités pour faire rayonner la photographie.

Vous avez débuté votre carrière dans les ressources humaines, plus précisément dans le recrutement. Peut-on dire que vous avez développé votre goût pour l’empathie et l’écoute des autres?

Dans un précédent parcours professionnel, j’ai travaillé plus de dix années dans le recrutement, secteur médical. Cette expérience m’a appris à repérer les qualités de chacun et à comprendre dans quels contextes une personne peut trouver sa place et s’épanouir. Je portais une grande attention à l’autre et à la compréhension des dynamiques humaines.

Quel est l’élément déclencheur qui vous a fait passer des ressources humaines à la photographie ?

Le véritable déclencheur a été ma grossesse gémellaire. À la naissance de mes filles, j’ai ressenti le besoin de ralentir un rythme professionnel devenu difficile à concilier avec ma vie personnelle. J’ai donc pris une pause, durant laquelle j’ai commencé à suivre des cours de photographie. En 2006, j’ai décidé de m’y consacrer pleinement. 

Je me suis formée à l’École des Gobelins, à l’École du Regard et aux Beaux-Arts de Rueil-Malmaison, au fil de cours particuliers, de stages et de workshops. Très vite, je me suis tournée vers l’argentique et le laboratoire, attirée par les techniques, de la prise de vue aux tirages. En 2009, j’expose ma première série, Anamnèse, qui reçoit le prix Grand Auteur à Bièvres. Cette reconnaissance m’a encouragé à poursuivre cette recherche et à développer les séries qui suivront. Peu après, j’entrais à la Little Big Galerie.

Vous évoquez souvent votre goût pour le laboratoire. Qu’est-ce qui vous fascine dans le fait de tirer vos photos ?

La technique, le papier, le geste et le temps de fabrication sont au cœur de mon travail. Les procédés alternatifs et le tirage participent pleinement à mon écriture photographique, que je construis dans un équilibre entre exigence technique, plaisir et intuition.  J’ai besoin d’être impliquée à chaque étape pour trouver la forme la plus juste. Je n’oppose pas l’argentique au numérique : je vois au contraire de nombreuses passerelles entre les deux. Mon approche se nourrit avant tout du lieu, du moment et des émotions.

Comment s’est faite la rencontre avec la Galerie VU’ et comment en êtes-vous devenue la Directrice des ventes ?

Comme beaucoup de photographes, je connaissais VU’, l’agence et la galerie, comme une référence majeure dans le domaine. Ma véritable rencontre avec VU’ a eu lieu en 2017, par l’intermédiaire d’une amie commissaire-priseuse qui m’a présentée à Xavier Soule, son PDG. Il a acquis quelques-unes de mes photographies et, au fil des années, nous avons noué un dialogue régulier autour de la photographie et des galeries.

Mon parcours n’a rien de linéaire. Autodidacte, et curieuse, et j’ai souvent avancé au fil des rencontres, comme en suivant un fil rouge. Mon arrivée à ce poste s’inscrit, d’une certaine manière, dans la continuité de mon entrée en photographie : sous le signe d’un « accident créateur ». C’est une proposition inattendue, que j’ai d’abord accueillie avec hésitation, avant de choisir de m’y engager pleinement, comme dans une nouvelle aventure.

Qu’est-ce qui vous faisait hésiter ?

J’ai d’abord hésité, parce qu’accepter ce poste venait forcément toucher à ma liberté et au temps que je consacre à mon propre travail artistique. Il y avait donc l’idée d’un petit renoncement. Mais j’y ai aussi vu une vraie ouverture, une manière d’apprendre, de transmettre autrement et de m’engager dans une nouvelle aventure.

La galerie ayant récemment déménagé, elle est au cœur de multiples opportunités de renouvellement et de réinvention.. Il y a là un vrai défi, à la fois pour elle et pour moi. Et c’est sans doute aussi ce qui m’a donné envie de m’y engager : participer à cette nouvelle étape, à ce nouvel élan.

En tant que photographe ayant exposé, je mesure pleinement le potentiel de la Galerie VU’. C’est un lieu où beaucoup de choses peuvent advenir, et c’est cela qui a fini par s’imposer à moi.

Quels sont vos projets pour la galerie ?

L’idée, d’abord, c’est d’ouvrir le regard : montrer la diversité de la photographie, des artistes et des techniques. Non seulement l’architecture de notre lieu autorise des scénarisations nouvelles de nos expositions, une articulation adaptative ouvrant sur des curiosités du monde de la photographie, mais aussi des espaces particuliers pour accueillir nos collectionneurs et développer de nouvelles activités pédagogiques.

Notre nouveau quartier est également pour nous une grande opportunité de rencontrer des visiteurs inhabituels et inhabitués vers lesquels nos auteurs trouvent immédiatement plaisir à venir partager leurs engagements.

Nos premières rencontres entre les photographes et les visiteurs ont remporté un succès éloquent.

J’aimerais enfin donner confiance à ceux qui n’osent pas encore entrer, en leur montrant qu’une galerie peut être un lieu accessible, vivant, et parfois le début d’une collection.

Comment se passe votre intégration au sein de l’équipe ?

Mon intégration avec l’équipe de VU’ est immédiate et fluide, nous partageons une vraie énergie inventive et le dialogue avec les auteurs est une source passionnante de renouvellement.

Lorène Brouty, notre directrice des collections, a une connaissance remarquable de l’histoire de VU’, de ses photographes, de ses œuvres et de l’agence. C’est un vrai plaisir d’échanger avec elle.

Pour ma part, j’apporte mon regard de photographe, mais aussi mon expérience d’artiste représentée en galerie et même de collectionneuse. Cela me donne une perception très concrète du terrain, de ce que représente une œuvre, de ce que l’on attend d’une galerie, mais aussi des complexités qui accompagnent ce milieu. C’est une expérience très enrichissante pour moi, parce qu’elle m’amène à découvrir d’autres dimensions du monde professionnel et entrepreneurial, qui constituent en elles-mêmes un vrai défi.

J’ai maintenant hâte que tout cela prenne pleinement sa place et que la rencontre de nouveaux visiteurs autant que la richesse des photographes viennent nous aider dans cette aventure nouvelle avenue de Saxe…

Merci pour cet échange passionnant, Isabelle Pourrain Levistre.

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La Galerie VU’, située au 60 avenue de Saxe (Paris 15ème), vous accueille du mercredi au samedi, de 14h à 18h. En dehors de ces horaires, les visites sont possibles sur rendez-vous.