Atiq Rahimi
Le retour imaginaire, 2002


Atiq Rahimi, Prix Goncourt 2008 pour Pierre de patience, est aussi photographe. Son livre Le retour imaginaire, publié en 2005, associait prose et photographies pour raconter, sur un mode poétique, le retour de l’auteur en Afghanistan en 2002 après dix huit ans d’exil.
Les tirages originaux, objets précieux et uniques, réalisés avec une chambre de photographe ambulant de Kaboul, sont visibles à la Galerie VU’.





« Et ce jour-là, nous ne fîmes que regarder. Et blessures nous vîmes : blessures dans les murs, les regards, les âmes, blessures dans l’amitié et dans l’hostilité, blessures dans les mots, blessures au cœur même blessées…
- Je veux photographier ces blessures.
- Avant toi de grands photographes sont venus ici
et ont tiré de superbes photos de ces blessures…
- Mais moi ce n’est pas la beauté que je cherche. Je cherche à faire revivre le sentiment que l’homme éprouve en regardant une cicatrice. Chaque fois que nous voyons une cicatrice nous ne pouvons nous empêcher d’en repenser la douleur.
- S’il s’agit de ta propre cicatrice.
- Justement ce sont mes cicatrices que je cherche à retrouver. »
(Atiq Rahimi, Le retour imaginaire, P.O.L., 2005)

L’écrivain, photographe et réalisateur Atiq Rahimi revient en 2002 dans son Afghanistan natal. Depuis qu’il l’a quitté, en 1984, l’occupation soviétique, la guerre civile et le gouvernement des Talibans ont transformé le pays en ruines.
Décidé à photographier Kaboul, il n’est pas satisfait des premières images qu’il obtient avec ses appareils très perfectionnés. Elles ne rendent en rien compte de son état d’âme et de sa perception de la ville. Par peur d’esthétiser la misère, il finit par renouer avec les origines de la photographie.
Il utilise une chambre de photographe de rue qui produit des images précaires, les seules capables de traduire la réalité cauchemardesque de la ville. Introduit en Afghanistan au 19e siècle par les Anglais très présents dans la région, ce type d’appareil réapparut après la chute du gouvernement iconophobe des Talibans en novembre 2001.

L’appareil, archaïque camera obscura, est une simple boîte en bois percée d’un trou. Le photographe n’utilise pas de pellicules mais obtient, dans un premier temps, un tirage négatif sur papier sensible qu’il doit rephotographier pour obtenir une image positive. Le papier mis à part, la technique est donc celle du calotype inventé par Henry Fox Talbot en 1840-1841.
Sans objectif pour faire la mise au point, la netteté toute relative de l’image est obtenue par le choix de la bonne distance dans la boîte entre le trou et le papier sensible. La durée de l’insolation, de l’ordre de plusieurs secondes, est le fait du photographe qui manipule le bouchon de la chambre. De la même manière, le développement du tirage se fait dans la boîte et prend un caractère incertain.
Largement soumises au hasard et à une forme d’expérimentation ces photographies sont des pièces uniques. Leur imprécision est renforcée par la trame assez marquée du papier qu’Atiq Rahimi a également trouvé sur place.

Utilisée par « les photographes ambulants de l’instantané-indispensable » (akasse fawri-zarouri, littéralement, photographe immédiat-urgent), cette chambre est avant tout destinée à la réalisation de portraits d’identité pris dans la rue devant une toile unie, comme le montre une des photographies d’Atiq Rahimi.
Ce dernier en détourne l’usage pour photographier des personnages en situations, des scènes du quotidien et des lieux de Kaboul. Ces petites images (seulement quelques centimètres de côté), fragiles, silencieuses et énigmatiques, atemporelles, sont particulièrement émouvantes.
Elles nous conduisent sur les théâtres de l’histoire récente et violente : l’ancien palais royal, construit en 1919, aujourd’hui palais de Darulamân, ruiné en 1992, ou le Ghazi Stadium, devenu lieu d’exécutions publiques sous les Talibans. Mais Atiq Rahimi s’intéresse aussi aux endroits chargés d’imaginaire qui lui sont particulièrement chers : le jardin de Bâbur et son arbre centenaire, le quartier de Kharâbât qui était traditionnellement celui des musiciens, la halle aux oiseaux où sont aujourd’hui vendues surtout des cages vides ou le cimetière ravagé sur les hauteurs de Kaboul.

On l’aura compris, loin de vouloir faire acte de reporter - peut-être est-ce pour lui simplement impensable et impossible -, Atiq Rahimi livre plutôt un regard poétique où le tragique de l’histoire laisse, par instant, poindre la nostalgie de bonheurs enfouis.

Etienne Hatt, Galerie VU'





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