Margot Wallard
Natten
2018-04-13 to 2018-06-02

Natten est à la fois une histoire d’amour, de deuil et de renaissance. Comment peut-on tolérer une perte qui nous dépouille d’une partie de nous-mêmes ? Comment résister au déchirement intérieur face à l’irruption d’une vérité inacceptable ? C’est la question à laquelle Margot Wallard tente de répondre en tant qu’artiste. Au risque de voir le récit de sa vie rester à jamais incomplet, elle doit trouver une issue créatrice à sa souffrance ; du noyau même de sa peine, extraire une matière neuve qui atteste de son existence singulière. Elle fait de la nuit un espace privilégié où se joue l’émergence d’un regard pacifié. L’obscurité et le silence rendent palpables les mille petites ramifications de son chagrin. La douleur devient le médium par lequel la photographe accède à nouveau au monde. Il lui faut un endroit assez vaste pour abriter ses colères, assez secret pour panser ses plaies. Avec ses immenses forêts et ses lacs glacés, le Varmland sera sa "terra incognita". Dans une tentative désespérée pour tenir à la lisière un esprit qui ne cesse de se disloquer, Margot Wallard retourne l’objectif vers elle-même, consignant sur la pellicule tous les glissements et les faux-pas qui jalonnent ce lent retour à la vie. Jour après jour, elle se débat avec la poisse humide des souvenirs. Dans le ventre sauvage de la forêt se déroule une guerre silencieuse qui n’en finit pas. Un désordre de résine et de chair, de sang et de terre. De son corps à la fois vulnérable et puissant, elle fait un champ de bataille ou un chant d’adieu. Elle collecte feuilles, pierres, cadavres d’animaux de façon quasi-obsessionnelle comme d’autres noircissent les pages d’un journal intime. Ce rituel se répète au fil des saisons. Un monde précaire fait d’infinis murmures se manifeste : insectes transformés par le scanner en escadrille translucide, corps inertes dont les yeux vitreux semblent nous supplier, paysages, autoportraits fantomatiques se répondent et se prolongent. En tendant l’oreille, on pourrait presque entendre le bruissement du temps. Si les images épousent la progression émotionnelle de l’artiste, elles résonnent bien au-delà de son expérience personnelle et interrogent notre incapacité à embrasser pleinement le mystère de notre fragile condition.