Magali Lambert
Venus du jamais mort
2018-09-14 to 2018-10-27

Magali Lambert fait renaître les disparus.

Démiurge d’un univers fantasque et poétique, elle exhume et tire de l’oubli des objets délaissés pour leur insuffler la vie par le truchement des rencontres qu’elle provoque. Avec ses séries des Merveilles (Espagne, Belgique, France) inspirées des cabinets de curiosité, elle conspire des machineries improbables, bouffonnes, belles ou cauchemardesques. Ce ne sont pourtant pas des biens précieux qu’elle accumule ici, mais des objets ordinaires, naturels ou industriels,
trouvés dans des brocantes, dans la rue ou sauvés des ordures. Collectionneuse, elle les accueille, les assemble puis photographie ces rencontres instables et précaires.

Cadavres exquis visuels faisant écho aux surréalistes, ses objets-valises incongrus sont photographiés avec un dispositif scénographique d’une grande sobriété, révélant des qualités plastiques insoupçonnées, des significations nouvelles et déroutantes, des subversions statutaires : Tu es une merveille, dit-elle.

Photographe autant que dessinatrice ou sculptrice, Magali Lambert relève ses Portraits de taxidermies défraîchies, de dessins qu’elle grave à la surface même du tirage, traçant des lignes-animales hybrides, qui se jouent de la coïncidence comme autant de possibles résurrections. Avec Les oiseaux disparus, elle fait se rencontrer les oiseaux naturalisés, longtemps cachés dans les réserves du musée du Château de Dourdan, avec les oeuvres exposées – parmi lesquelles beaucoup de portraits – , et se mue en taxidermiste-embaumeuse, créant des photographies sédimentaires, où le temps, l’espace et la mort se télescopent, paralysés dans l’image.

Par les hybridations et les rencontres qu’elle imagine et met en scène, Magali Lambert nous montre que les choses ne sont jamais celles que l’on croit ou ce qu’elles semblent être. L’étrangeté comme la beauté couvent dans l’ordinaire, par-delà la mort elle-même, le monde peut sans cesse être réinventé.