Frédéric Stucin
Only Bleeding
2019-01-10 to 2019-03-23

Portraitiste de renom, Fred Stucin a également le goût des métropoles et des projets au long cours. Alors qu’il s’apprête à publier une première monographie éponyme aux Editions le Bec en l’air, la Galerie VU’ lui consacre une exposition avec Only Bleeding, série réalisée entre 2011 et 2017 à Las Vegas.

C’est Las Vegas et l’on pourrait s’attendre aux néons, à l’argent qui coule à flots, à l’inévitable dose de kitch et de paillettes. A en prendre plein les yeux avec les images d’Epinal de l’apothéose de la société de consommation et de l’American Way of Life. C’est aux Etats-Unis et l’on pourrait s’attendre à une série qui fasse écho à ses grands photographes ou dise le toc du rêve américain. Mais ce n’est pas de cela qu’il s’agit, nulle part ne retentit de Viva Las Vegas ! A bien y regarder Only Bleeding nous met face aux désillusions de la grande cité. Ce pourrait être finalement Vegas où ailleurs.

Là une femme est naufragée sous une improbable lustre, engloutie entre la moquette chamarrée et l’écueil des machines à sous. Ici, un couple semble vouloir échapper à quelque terrifiante catastrophe. Ailleurs, une rangée de palmiers malingres s’alignent, enclavés dans le bitume. Dans les images de Fred Stucin, les rues sans charme aux lignes droites, aux enseignes mornes et à la blancheur aseptisées sont vides, écrasées de soleil. Parfois, un passant hagard et spectral traverse l’image. Le photographe s’attarde aussi sur des visages. Dans ses plans serrés, des hommes et des femmes en déshérence, le regard éperdu, presque sidéré, semblent désespérément seuls, comme cherchant à échapper à une ville prête à les dévorer.

A travers ce long travelling en noir et blanc, nous suivons les pas du photographe dans la ville désenchantée qui se consume.